Editorial n°10

 

Le G8 et le NEPAD : un coup d'épée dans l'eau... d'Evian ?

par

Bernard CONTE

Le nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique (NEPAD) créé en octobre 2001, est né de la fusion du Programme de renaissance de l'Afrique pour le millénaire lancé en janvier 2001 par l'Afrique du Sud, le Nigeria et l'Algérie et du plan Oméga avancé en juin de la même année par le Sénégal. Ce projet conçu par quelques Chefs d'Etats africains vise la relance économique du continent, l'éradication de la guerre, de la pauvreté et des pandémies à l'horizon 2015.


Les moyens pour atteindre ces objectifs sont la bonne gouvernance (telle que définie par les institutions de Bretton Woods), l'ouverture des économies, des mesures partielles d'annulation de la dette, une aide extérieure accrue et un accès plus important aux marchés des pays du Nord. La croissance (de 7% au minimum par an) empruntant un sentier néo-libéral serait accélérée par un afflux massif d'investissements privés directs étrangers (IDE). Le besoin annuel de financement extérieur serait de l'ordre de 12 pour cent du PIB, c'est-à-dire environ 64 milliards de dollars. Les africains escomptent qu'une bonne partie de cette somme proviendra de l'aide publique au développement (APD).

Le projet NEPAD, présenté comme un projet " nouveau " traduisant la volonté des africains de prendre leur destin en main, est entaché d'un certain nombre de lacunes et de zones d'ombre concernant tant sa conception que sa mise en œuvre.

1. Dans le texte du NEPAD, la marginalisation et l'échec du développement sont attribués directement à l'exclusion du continent du processus de mondialisation. Or, jusqu'à une date récente, ces maux étaient attribués à la mondialisation libérale imposée par le FMI et la Banque Mondiale.

2. Les politiques envisagées pour sortir le continent de sa torpeur ne diffèrent pas profondément de celles appliquées jusqu'à présent dans le cadre des programmes d'ajustement structurel (PAS). Par exemple, il convient de rappeler que la " bonne gouvernance " libérale, revendiquée par le NEPAD, implique " un cadre macro-économique sain, incitateur et favorable à la libre entreprise et à l'économie de marché ". En d'autres termes, la bonne gouvernance n'est qu'un avatar du " consensus de Washington " dont l'application a entraîné la paupérisation des populations du Sud. Ce qui est nouveau c'est " l'appropriation " par les chefs d'Etats africains de ce consensus qu'ils critiquaient jusqu'à présent.

3. La démarche du NEPAD apparaît de type top down, car elle est le fait d'un petit groupe d'États qui entend garder le leadership : le Sénégal, l'Afrique du Sud, le Nigéria, l'Algérie et l'Egypte. De plus, la société civile n'a jamais été consultée au sujet du NEPAD, ce qui réduit fortement la légitimité de l'initiative et soulève des interrogations concernant l'adhésion effective des populations au projet.

Malgré toutes ces réserves, le NEPAD semble de plus en plus retenir l'attention des bailleurs de fonds, au moins dans les discours officiels. Le Président Chirac a saisi l'opportunité de la création de l'initiative pour renforcer son rôle de porte-parole du continent africain notamment en proposant l'adoption du " Plan de Gênes pour l'Afrique " lors du sommet du G8 du même nom. De plus, il a déclaré que le NEPAD serait " la priorité pour la France à Evian ".

Au-delà du discours, que peut attendre l'Afrique du sommet ? Rien ou pas grand chose. En effet, le " plan Marshall " attendu ne verra pas le jour du fait de la baisse de l'APD depuis une dizaine d'années. De plus, une réorientation des flux d'aide apparaît peu probable, étant donnée l'existence d'autres priorités plus urgentes telle la " reconstruction " de l'Irak. Les flux financiers privés ne s'orienteront pas vers l'Afrique tant que l'environnement politique et social ne sera pas stabilisé afin de réduire le risque attaché à l'investissement.
Au total, le sommet d'Evian ne peut être qu'un coup d'épée dans l'eau… d'Evian.

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