Editorial n° 19

 

La décolonisation économique de la Côte d'Ivoire (11/05)

Depuis de nombreux mois, Laurent Gbagbo et son parti le FPI, tiennent des propos hostiles à la France et prônent la décolonisation économique de la Côte d'Ivoire qui serait sous le joug des intérêts français.

Il est vrai que les firmes multinationales françaises occupent des positions dominantes dans certains secteurs clé de l'économie. "Le groupe Bolloré reste maître du transport ferroviaire avec la Sitarail et du secteur maritime avec l'acquisition l'année dernière du terminal à conteneurs de Vridi. France-Télécom est toujours solidement implantée dans le secteur de la télécommunication et des nouvelles technologies avec Côte d'Ivoire Télécom, Orange et Aviso... Le groupe Vinci a été sélectionné pour la construction du palais présidentiel de Yamoussoukro. Bouygues tient toujours l'eau et l'électricité, deux secteurs vitaux pour l'économie ivoirienne… La France n'a donc rien perdu sous le régime de Laurent Gbagbo. Au contraire, il est bien prouvé que dans deux cas au moins (Terminal à conteneurs et CIE), c'est bien Laurent Gbagbo qui a donné des instructions à ses collaborateurs pour qu'ils signent avec les entreprises françaises" (Notre Voie, quotidien du FPI, 18/10/05).

Ce texte amène trois remarques :
(I) il révèle qu'entre le discours officiel et la pratique existe un hiatus, dont la dimension se mesure probablement en millions d'euros versés sur des comptes anonymes, par la non-application des sanctions prévues par l'Onu, par la mise à l'écart de témoins gênants…
(II) "la France n'a rien perdu" peut aussi signifier qu'elle n'a rien gagné. Ainsi depuis l'arrivée au pouvoir de Laurent Gbagbo, les Etats-Unis, l'Afrique du Sud, l'Angola et la Chine sont les principaux bénéficiaires des "largesses" du régime : (i) Les Etats-Unis ont ainsi pu prendre le contrôle de la filière cacao avec ADM et Gargill (Bolloré s'est retiré de la filière), (ii) "la société de téléphonie mobile Telecel tombe… dans l'escarcelle de l'Afrique du Sud. Ce pays est également annoncé dans le domaine du transport urbain pour la fourniture de bus à la Sotra" (Le Jour 20/10/2005), (iii) L'Angola est entrée " dans le capital de la plus grande société ivoirienne, la société de Raffinage " (idem), (iv) la Chine s'est vue attribuer "la construction de la maison des députés et le futur palais présidentiel de Yamoussoukro" (idem).
(III) identifier la France à ses firmes multinationales apparaît abusif. Il est indéniable que les firmes en question dégagent des profits sur le sol ivoirien, mais il ne faudrait pas oublier les coûts. Par exemple, selon le Général Elrick Irastorza : "l'opération Licorne nous coûte au total 190 millions d'euros par an, soit environ 124 milliards de francs Cfa" (déclaration du 10/7/05), soit 570 millions d'euros depuis le déclenchement du conflit en septembre 2002. Ces coûts ne sont évidemment pas supportés par les multinationales françaises, mais par le contribuable français. Mais rassurons-nous, la vente du réseau autoroutier permettra de couvrir cette dépense.


Retour à l'accueil