Editorial n°3

 

Capitalisme et pauvreté

 par Bernard Conte

 

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Deux des principes qui régissent la vie économique en système capitaliste sont la maximisation du profit et la minimisation du risque attaché à l’opération génératrice de profit. La mise en œuvre de ces principes généralise chez les agents capitalistes un comportement de cavalier libre par rapport à la société globale. En d’autres termes, il s’agit de privatiser les bénéfices et de les maximiser par la socialisation des risques et des coûts économiques, sociaux, écologiques…

En dépit du discours libéral qu’il revendique, le capitalisme s’est fortement appuyé sur l’Etat pour réaliser cette socialisation des coûts et des risques, condition sine qua non de l’accroissement ou du maintien du niveau de profit.

Au cours des trente glorieuses, cette socialisation a pris la forme de la régulation fordiste organisée dans le cadre de l’Etat keynésien. Lorsque le système est entré en crise pour des raisons bien connues (ralentissement des gains de productivité débouchant sur l’inflation…), le règlement des coûts socialisés a pu, dans un premier temps, être différé par le biais d’un endettement croissant en particulier de l’Etat. La socialisation des coûts s’est opérée à crédit. La vague libérale a alors qualifié cette attitude de " fuite en avant " et a préconisé un certain nombre de remèdes parmi lesquels l’austérité budgétaire qui était censée prévenir tout différé dans le règlement coûts. Autrement dit, les libéraux se prononçaient en faveur d’un paiement comptant des coûts socialisés. Il est facile de mesurer la portée des ces recommandations à l’aune de l’accroissement du chômage, de l’accroissement de la pauvreté dans les pays industrialisés…

La vague libérale a non seulement modifié la forme de la socialisation des coûts, mais elle en a aussi élargi la base géographique. En effet, la mondialisation autorise une socialisation, non plus sur une base nationale, mais mondiale. De cette manière, la globalisation permet, pour ceux qui le peuvent, de faire supporter une partie des coûts de la socialisation par d’autres.

Dans un système mondial hiérarchisé, (même si les différentes zones hiérarchiques ne sont plus délimitées par les frontières des Etats), le report des coûts dans l’espace se substitue au report dans le temps et s’opère de niveau en niveau. Ainsi, les Etats-Unis font payer à l’Europe une partie des coûts qu’ils devraient socialiser sur leur territoire et l’Europe à son tour, agit de même envers l’Afrique et d’autres régions qui à leur tour…

Aux niveaux les plus bas de la hiérarchie, se trouvent les régions du Sud dont les Etats, sous la coupe du F.M.I et de la Banque mondiale, sont privés de toute possibilité de s’endetter. C’est donc à ces populations du Sud qu’échoit toute la charge de la socialisation mondiale.

Le développement capitaliste libéral serait-il un jeu à somme nulle?

 

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