Editorial n° 11

 

Côte d'Ivoire : comprendre l'enlisement

par

Bernard CONTE

Le conflit en Côte d'Ivoire n'est pas à la veille d'être résolu. Un certain nombre de facteurs structurels de crise subsisteront quelle que soit la nouvelle destinée des accords d'Accra-Marcoussis. En effet, depuis une vingtaine d'années la Côte d'Ivoire subit une crise économique, sociale et politique sans précédent et l'on sait que ce contexte est propice à l'exacerbation des sentiments extrêmes.

En 1980, le revenu par habitant (PIB par habitant) s'élevait à 1 140 dollars, en 2002 il n'était plus que de 620 dollars soit une baisse de 45%, qui s'est accélérée ces dernières années : - 7% entre 2002 et 2004. Parallèlement, la pauvreté s'est accrue, au seuil de 1 dollar par jour et par habitant, la proportion de pauvres est passée de 19,1% en 2002 à 24,1% en 2004. Depuis 1980, la population a pratiquement doublé passant de 8,5 millions à 16,5 millions. On compterait 40% " d'étrangers " ou considérés comme tels par une partie de ladite population.

On comprend que la distribution du gâteau, dont la dimension est fortement réduite du fait de la crise persistante, pose problème. Les populations qui se considèrent comme les " vrais ivoiriens ", appartenant principalement aux ethnies du sud de la Côte d'Ivoire, estiment avoir un droit prioritaire, que leur confère leur " ivoirité ", sur la distribution des parts du gâteau.

Or, si l'on occulte la parenthèse militaire du général Gueï qui a duré dix mois, depuis l'indépendance le pouvoir a été monopolisé par des hommes originaires du sud. Conserver le pouvoir politique apparaît donc comme la condition nécessaire pour continuer à bénéficier du droit prioritaire au gâteau.

Dans ces conditions, on comprend que les accords d'Accra-Marcoussis comportant notamment une révision du code de la nationalité et des listes électorales, des élections transparentes… permettraient aux nombreux " étrangers " de voter, ce qui pourrait changer la donne politique et renverser les priorités dans le partage du gâteau, si les dits étrangers venaient à prendre démocratiquement le pouvoir.

Même si le président Laurent Gbagbo quitte son poste ou n'est pas reconduit lors des élections de 2005, il est à craindre que les populations du Sud, qui se considèrent comme les vrais ivoiriens, feront tout pour conserver le pouvoir. A l'heure actuelle, pour les dirigeants, l'atteinte de cet objectif semble passer par une victoire militaire sur les rebelles du Nord.

Au total, on peut penser que le conflit actuel n'est pas près d'être résolu, de façon pacifique, par la négociation.

Faites nous part de vos commentaires :

conte@u-bordeaux4.fr

Retour ŕ l'accueil