Editorial n° 17

 

Annulation de la dette : le cadeau empoisonné du G7

Annoncée le 11 juin 2005 par le G7, l'annulation de la dette a été largement médiatisée et généralement présentée comme une rupture " historique " marquant une approche " nouvelle " dans le traitement de la dette extérieure des pays du Sud les plus pauvres. La nouveauté résiderait dans la prise de conscience par les pays riches, de la nécessité de supprimer le fardeau de la dette pour permettre aux pays bénéficiaires de renforcer leur croissance et de lutter contre la pauvreté.

Une mesure bienvenue…
Dans un contexte international marqué par la lutte contre le terrorisme, par la nécessité d'assurer l'approvisionnement du Nord en matières premières et énergie, par le pessimisme concernant la réalisation des objectifs du Millénaire (réduction de la pauvreté de 50% à l'horizon 2015…)…, les bailleurs de fonds devaient donner un signal fort à la communauté internationale et dégager aussi une part de leur responsabilité dans l'échec prévu du développement dans de vastes zones du Sud. Il s'agissait de proposer une mesure hautement médiatique mais d'un coût relativement réduit, notamment pour des raisons budgétaires.

Pour un cadeau symbolique…
D'une part, le montant annoncé de l'annulation 40 milliards de dollars ne représente qu'environ 5 % de la dette bilatérale et multilatérale du Sud qui, d'ailleurs, n'aurait jamais été remboursée. D'autre part, cette mesure ne concerne pas l'importante dette des pays bénéficiaires à l'égard des banques internationales. Ainsi, les compteurs ne sont pas réellement remis à zéro, car les pays concernés devront continuer à effectuer leurs remboursements aux banques. En fait, cette annulation transfère la charge liée à l'insolvabilité des pays pauvres, du secteur privé (les banques) vers le secteur " public " (les bailleurs de fonds officiels, in fine les contribuables) avec pour effet de socialiser les coûts et de privatiser les bénéfices.

Pour des pays sous tutelle néolibérale…
Tous les pays concernés sont engagés dans le processus de réduction de la dette pour les pays pauvres très endettés (PPTE). Parmi les 18 pays bénéficiaires, 15 ont atteint le point d'achèvement de l'initiative PPTE c'est-à-dire qu'ils ont déjà bénéficié d'un allègement substantiel de leur dette extérieure pouvant aller au-delà de 90 %. Les trois pays restants : le Honduras, le Rwanda et la Zambie sont censés atteindre le point d'achèvement au second trimestre 2005 (d'après le FMI).

Pays bénéficiaires de l'annulation de la dette (G7)
Bénin
Bolivie
Burkina
Ethiopie
Ghana
Guyana

Honduras
Madagascar
Mali
Mauritanie
Mozambique
Nicaragua
Niger
Ouganda

Rwanda
Sénégal
Tanzanie

Zambie

En caractères gras les pays ayant atteint le point d'achèvement.

Cela signifie que ces 18 pays en question sont sous surveillance étroite des institutions de Bretton Woods (IBW) qui les obligent à appliquer les " bonnes " politiques économiques néolibérales censées engendrer de la croissance.

Qui renforce le poison de la pauvreté et des inégalités
L'annulation de la dette n'est pas une panacée. En effet, l'application des politiques néolibérales imposées confine les pays dans une spécialisation appauvrissante (production et exportation de produits primaires) qui ne permet pas d'obtenir une croissance soutenue et durable, seule susceptible de réduire la pauvreté et les inégalités.

Au total, cette annulation de la dette est une carotte symbolique accompagnée d'un bâton qui ressemble à un gourdin.


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